La Chemise

Ancêtre de la chemise, la tunica interior, pièce en lin pourvue de manches se portant à même la peau, est apparue à Rome dès le IIIè siècle. Il importait de l'accompagner d'une ceinture au risque, sans cela, d'être inconvenant ! Le mot chemise, dans sa forme latine camisias, est relevé plus tardivement, vers la fin du VIIIè siècle. Mais c'est avec les Croisés, qui rapportèrent d'Orient des vêtements en usage chez les Perses, que la chemise trouva sa structure définitive avec les manches coupées séparément et cousues aux emmanchures.

Durant le moyen-âge, la chemise se répandit parmi toute la population occidentale. Les seigneurs prirent l'habitude d'en revêtir leur cuirasse lors des tournois. Le combat achevé, ils la retournaient à la dame qui la leur avait offerte, comme un message d'amour ou de mort, lorsqu'elle se trouvait maculée de sang. On la nomme alors la chaisne ou chainse, elle est longue en forme de T, faite en toile de lin, fendue à l'encolure, plissée ou non et portée ordinairement sur la robe de dessus qui s'appelait le bliaud.

A partir de la Renaissance, la chemise devint un signe de distinction sociale, des vestes échancrées permettant de mettre en valeur la qualité du tissu. Si un gentilhomme se reconnaissait de loin, comme l'écrit Saint-Simon, à son odeur épouvantable, c'était également à la blancheur de sa chemise que la sueur du labeur ne salissait pas.

Devenu un geste automatique, l'enfilage de la chemise a pu prendre des allures de rituel. Présentée au Roi en signe d'hommage par un prince du sang, elle était passée avec l'aide de deux personnes, une pour chaque manche, pour qui ce privilège était insigne. D'utilitaire, le port de la chemise devenait un plaisir. On s'en offrait, à l'occasion de visites protocolaires, mais ce cadeau pouvait s'avérer empoisonné, au sens premier de l'expression. Il suffisait pour cela d'imbiber le tissu de substances nocives, comme la fameuse tunique de Nessus, un Centaure qui fit périr Héraclès par ce procédé.

La chemise prit de la couleur seulement vers 1860, dans la discrétion des tons pastels. Les Garibaldiens poussèrent la nuance jusqu'au rouge écarlate, et cette habitude de manifester ses idées par la teinture perdura durant le XXè siècle. Aujourd'hui, très rares sont les hommes, sur quelque continent que ce soit, qui ne portent jamais de chemise, à tel point que ce simple vêtement symbolise l'intégration dans le monde moderne, même s'il se trouve parfois délaissé pour des articles plus décontractés.

(Confection 2000 - N° 177 - Mai 1996)

 

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